L’avenir des zones humides, l’avenir des oiseaux d’eau - une connexion intercontinentale

BONN, 31 janvier 2015  - La Convention de Ramsar a été le premier traité mondial portant sur la biodiversité - précédant de vingt ans les processus de Rio. Ramsar a pour objectif de conserver les zones humides, dont l’utilité a été sous-évaluée - même le Comte de Buffon, éminent naturaliste français du 18ème siècle, préconisait leur destruction - et qui ont subi d’importantes pertes au cours des dernières décennies. Loin d’être des zones sans intérêt, les zones humides apportent des services inestimables, notamment en reconstituant les nappes phréatiques qui fournissent de l’eau potable, et en filtrant les substances polluantes nocives. En maintenant un environnement sain, les zones humides contribuent à assurer le bien-être de l’homme.

Bien que la Convention de Ramsar ait à faire face à un spectre de questions sur les zones humides de plus en plus large au cours des années, il faut se rappeler que son titre complet comprend la mention « particulièrement comme habitats des oiseaux d’eau ». Ainsi, l’AEWA constitue un allié solide pour Ramsar en raison de sa raison d’être qui vise la conservation des oiseaux d’eau de la voie de migration Afrique-Eurasie.

Les zones désignées comme sites Ramsar constituent une partie importante du réseau de sites de reproduction, d’alimentation et de halte migratoire indispensables à la survie des 255 populations d’oiseaux inscrites au titre de l’AEWA. Les sites Ramsar sont des plaques tournantes essentielles dans le réseau des habitats constituant la voie de migration d’Afrique-Eurasie le long de laquelle des millions d’oiseaux migrent au cours de leur cycle annuel. Ils comprennent des habitats aussi diversifiés que la mer des Wadden en Europe ou le Banc d’Arguin en Mauritanie, tous deux également désignés en tant que sites du patrimoine mondial de l’UNESCO et constituant par ailleurs des étapes importantes pour les oiseaux lors de leur migration entre les aires de reproduction de l’Arctique et les sites d’hivernage au cœur de l’Afrique. Bien que souvent éloignés géographiquement, et morphologiquement différents, ces sites sont inextricablement liés par les oiseaux qui les fréquentent.

La définition de « zones humides » s’étend aux étangs de pisciculture, rizières, marais salants et eaux marines peu profondes, et Ramsar comprend des sites importants pour d’autres espèces couvertes par la Convention sur les espèces migratrices, en vertu de laquelle l’AEWA a été conclu. On peut citer parmi ces espèces le dauphin de la Plata (la seule espèce de dauphin fréquentant les zones humides) qui vit dans l’estuaire du Rio de la Plata et le long de la côte de l’Amérique du Sud ; et l’anguille européenne - récemment inscrite aux annexes de la CMS - qui passe la plus grande partie de sa vie dans les rivières, mais fraie et meurt dans la mer des Sargasses.

Toutefois, ce sont les oiseaux d’eau qui entretiennent les liens les plus forts avec les zones humides, et l’avenir de nombreuses espèces est menacé en raison de la réduction continue de la superficie de ces habitats si productifs. L’avenir des vasières de la mer Jaune – des habitats soumis à la pression toujours croissante de la transformation des milieux  - est des plus préoccupants, tout comme celui de nombreux limicoles menacés qui en dépendent pour leur survie.

Le lac Natron en République-Unie de Tanzanie est le seul site de reproduction régulière de plus de deux millions de Flamants nains. Des demandes d’exploitation des dépôts de carbonate de sodium ont été déposées pour cette zone, faisant craindre que le site ne subisse des dommages irréversibles entraînant la disparition des espèces de la région. Les habitats des flamants andins – le Flamant des Andes et le Flamant de James - sont confrontés à des problèmes similaires, les activités minières illégales ayant érodé les sites de nidification et contaminé l’eau, s’ajoutant ainsi à d’autres menaces telles que la collecte des œufs.

Les fragiles écosystèmes des zones humides sont aussi victimes d’accidents causé par l’homme - l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique et l’incendie de l’usine chimique Sandoz en 1986 à Bâle, en Suisse, deux exemples parmi d’innombrables incidents, ont tous les deux conduit à la mort de milliers d’oiseaux et de poissons.

Les zones humides sont vitales pour les oiseaux - et notamment pour les oiseaux d’eau - mais il est également avéré que les oiseaux sont essentiels pour les zones humides, à travers leur rôle majeur dans le maintien de l’équilibre naturel.

Des représentants des gouvernements se réuniront à Paris en fin d’année dans un nouvel effort pour parvenir à un accord sur les mesures nécessaires pour stopper les causes du changement climatique. La faune sauvage subit déjà les effets de ce changement et l’une des meilleures façons de s’assurer que les animaux sont en mesure de s’adapter est de garantir qu’il existe suffisamment de sites en bon état de conservation pour leur offrir des habitats et des ressources alimentaires au bon moment et au bon endroit.

Le thème choisi par la Convention de Ramsar pour la campagne de cette année est « Les zones humides pour notre avenir », et un accent particulier est mis sur le rôle des jeunes. Bien que les zones humides soient bien sûr essentielles pour les hommes, elles n’en sont pas moins importantes pour la survie des espèces sauvages, et dans une large mesure elles dépendent également des oiseaux qui y vivent. C’est le rôle de l’AEWA de fournir un forum où les pays d’Europe, d’Asie occidentale et d’Afrique peuvent travailler ensemble au maintien du réseau de sites constituant la voie de migration d’Afrique-Eurasie.

Last updated on 08 July 2015

Type: 
Op Ed
Species group: 
Birds